À l'approche de Noël, les rues de Séville et de sa province regorgent d'attractions et l'offre culturelle se multiplie, ajoutant à ses attraits habituels la visite des traditionnelles crèches, des spectacles audiovisuels et une foule d'activités qui font appel à notre côté le plus humain et le plus solidaire.

Mais c'est une autre offre culturelle que l'on peut apprécier en traversant la rivière. L'île de la Cartuja et les institutions qui y vivent proposent tout au long de l'année - et également à Noël - un programme varié d'activités pour tous les publics, allant des expositions aux grands concerts, en passant par le théâtre, les forums, le cinéma et les présentations littéraires.

À Noël, nous célébrons la paix et l'harmonie. Mais pour y parvenir réellement, et tout au long de l'année, rien n'est plus efficace que la connaissance et le respect mutuels. En ce sens, la Fundación Tres Culturas travaille sans relâche depuis deux décennies à la poursuite du principe directeur qui guide nos actions et qui n'est autre que la promotion du dialogue, de la paix et de la tolérance entre les peuples et les cultures.

Jour après jour, nous élaborons une offre éducative et culturelle dont l'objectif est de rapprocher la richesse des peuples de la Méditerranée de notre public. C'est pourquoi, pendant la période de Noël, Tres Culturas propose deux expositions différentes qui promeuvent les autres lumières de Noël : la lumière de la connaissance et de la compréhension.

L'exposition de photos Marocainsde la photojournaliste franco-marocaine Leila Alaoui, décédée en 2016, nous rapproche de la réalité de nos voisins marocains à travers une trentaine de portraits réalisés par la photographe et vidéaste dans différents milieux ruraux du Maroc.

Cette exposition photographique, visible jusqu'au 9 janvier à la Fondation, est un hommage à sa courte mais intense carrière d'artiste, mais aussi de personne engagée. Leila Alaoui est décédée à l'âge de 33 ans après avoir été grièvement blessée dans l'attentat de Ouagadougou, au Burkina Faso, alors qu'elle travaillait sur un projet relatif aux droits des femmes pour Amnesty International.

Les trente portraits qui composent l'exposition proviennent de milieux ruraux disséminés dans tout le Maroc et sont, selon les propres termes de Leila, basés sur "le filtre de sa position intime de Marocaine dans le but de révéler la subjectivité des personnes représentées".

Pourtant, Leila n'est pas née au Maroc, encore moins dans un environnement rural, mais à Paris, dans une famille franco-marocaine aisée. Sa mère, la photographe française Christine Alaoui, lui a appris à aimer la photographie et à en maîtriser le langage. À l'âge de six ans, la famille déménage à Marrakech, où elle passe la majeure partie de son enfance et de son adolescence. Elle s'installe ensuite à New York pour étudier la photographie et vit dans différentes régions d'Europe et d'Amérique ainsi qu'au Liban avant de retourner au Maroc en 2008. C'est précisément ce second contact avec ses origines qui l'a poussée à travailler, entre 2010 et 2014, sur la série de portraits qui a donné naissance à Marocains.

Dans cette série, Alaoui n'a pas reflété des scènes typiques de la vie marocaine, mais a réalisé des portraits au sens le plus strict et le plus classique du terme. Rien ne semble volé dans les images de Leila. Pour Guillaume de Sardes, commissaire de l'exposition, photographe et écrivain, le travail de Leila Alaoui reflète "le caractère d'une œuvre engagée et humaniste". Les images de Leila Alaoui ne sont pas des photographies volées, mais des portraits au sens le plus fort et le plus classique du terme. Elles ont une forte dimension picturale et sont éloignées de toute tentation pittoresque. Le projet de Leila était un projet éthique, une affirmation de la dignité, à l'opposé de tout orientalisme...".

En outre, depuis hier et jusqu'au 20 janvier 2020, Tres Culturas présente l'exposition Lettres du sud d'al-AndalusLe Centre andalou des lettres, une exposition informative produite par le Centre andalou des lettres et organisée par la chercheuse et écrivaine Virginia Luque, vise à promouvoir la connaissance et la reconnaissance du savoir, des auteurs et des œuvres andalouses.

À travers 16 panneaux explicatifs, l'exposition propose de découvrir une sélection bibliographique dans le domaine de la poésie, de l'histoire, de la littérature de voyage, de la philosophie, de la géographie, de la culture alimentaire, de la médecine ou de l'agronomie, présente dans le réseau des bibliothèques publiques andalouses et qui n'est pas toujours connue du grand public.

La commissaire, Virginia Luque, historienne et maître en architecture et patrimoine, a expliqué lors du vernissage que cette exposition est "une incitation à la lecture des trésors que l'on peut trouver dans le réseau des bibliothèques publiques andalouses. Un apéritif pour stimuler la recherche de l'horizon impressionnant de la science et de la connaissance andalouses".

L'objectif est d'éveiller chez le spectateur le besoin d'en savoir un peu plus sur l'énorme patrimoine d'Al-Andalus, qui est un élément incontournable et indispensable de notre histoire. Selon José Manuel Cervera, directeur de la Fondation Tres Culturas, "expliquer Al-Andalus est, peut-être aujourd'hui plus que jamais, très nécessaire. Il s'agit de sauver des épisodes non racontés ou, du moins, mal racontés. Étudier l'histoire de l'Espagne sans prêter attention à cette période et la mettre en valeur est une erreur qui doit être corrigée grâce à des initiatives telles que cette exposition".

Lettres du sud d'al-Andalus Elle met également en évidence le rôle fondamental joué par Ibn Rushd (Averroès) et Ibn al-'Arabi dans la révélation des deux modèles de pensée qu'al-Andalus a hérités du monde classique. Le premier a opté pour le rationalisme aristotélicien, par opposition au soufisme d'influence néo-platonicienne qu'al-'Arabī a pratiqué et légué à l'Islam. Des siècles après la mort de l'un et de l'autre, leur pensée a continué à vivre, suscitant des débats dans les universités de l'Europe médiévale jusqu'à jeter les bases d'une Renaissance qui commençait à se dessiner sur le vieux continent.

En résumé, nous espérons que ces deux expositions éveilleront chez le public qui les visite l'envie de mieux se connaître et de mieux connaître ses voisins, afin que l'esprit qui nous anime en cette période de l'année perdure lorsque les lumières de Noël s'éteindront.

Les deux expositions peuvent être visitées à notre siège, le Pavillon Hassan II, les jours ouvrables de 10 à 15 heures.